« 8 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 127-128], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4310, page consultée le 04 mai 2026.
8 août [1841], dimanche midi
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon amour chéri. Comment que ça va ce matin ?
Je
t’écris tard parce que c’est le jour du frotteur et que j’ai voulu me débarbouiller
et
faire mes affaires avant qu’il vienne, voilà pourquoi je t’écris tard. Du reste je
n’en serai que plus tôta prête à
copier si tu as enfin le courage de m’apporter de la copie tantôt.
Quelle
différence y a-t-il entre un pain de sucre et un voyageur ? Quel est l’âge du
capitaine Lambert1 ? Quel
est le légume que les femmes aiment le plus2 ? Voilà, affreux Toto, les ornements que vous me fourrez de
force dans l’esprit et puis après ça vous vous plaignez de ma stupidité. À qui la
faute cependant ? Avouez que vous êtes un monstre d’atrocité et donnez-moi trois
bonnets et je vous pardonne. D’ailleurs je vais faire des économies forcées maintenant que les péronnelles m’ont abandonnéeb3, et puis je
t’assure sérieusement, mon amour, que je ne peux pas m’en passer. Tu peux me croire
quand je te dis cela. Je t’aime trop, mon amour, pour te demander de faire une dépense
inutile, c’est bien bien vrai.
Juliette
1 Plaisanterie de Victor Hugo à Juliette qui revient à plusieurs reprises aux mois de juillet, août et septembre.
2 Selon Hugo, la réponse est : les épinards, ce que Juliette qualifie de « calembour libidineux ».
3 En général, le dimanche soir, quelques amies de Juliette Drouet viennent dîner chez elle. Il s’agit de Mme Triger, de Mme Guérard, de Mme Besancenot, et de Mme Pierceau, beaucoup plus rarement de Mme Krafft.
a « plutôt ».
b « abandonnées ».
« 8 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 129-130], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4310, page consultée le 04 mai 2026.
8 août [1841], dimanche après-midi, 2 h. ¾
Je suis toujours là, mon amour, je t’attends et tu ne viens que le moins que tu peux.
Cela m’aurait aidéea à passer mon
dimanche pourtant si tu m’avais donné la fin de l’histoire de Pécopin et de
Bauldour1,
mais puisque tu ne le veux pas, il faut bien que je m’en passe comme de beaucoup
d’autres de bonheurs qui me sont interdits.
J’ai donné campo2 à ma serventre, pour ce soir,
j’ai pitié de cette pauvre fille et je sais compatir au mal que je souffre tous les
jours3.
J’ai oublié hier dans l’énumération des choses à payer le 104, la couturière 67 F. 50. Je te
l’écris pendant que j’y pense pour ne pas l’oublier et parce que je lui ai dit de
venir à cette époque là et que je la paierais.
Quel beau temps, mon amour, et que
je suis privée de ne pouvoir courir les champs avec toi aujourd’hui. Mais j’espère
que
bientôt nous prendrons notre vol, tu me l’as promis et j’y compte, mon adoré. C’est
ce
qui me donne le courage et la résignation suffisantsb pour me passer de toi tous les jours. Si je ne croyais pas
être sûre de nous en aller après tes deux volumes finis, je ne sais pas ce que je
ferais5. Je t’aime trop.
Juliette
1 Hugo est en pleine rédaction de la lettre XXI du Rhin, « Légende du beau Pécopin et de la belle Bauldour ».
2 Argot d’origine latine : repos, quartier libre, congé, désignant à l’origine des écoliers.
3 Juliette a déjà produit cette phrase quasiment mot pour mot dans sa lettre du lundi 29 mars au soir : « Au reste, j’ai donné ampo tout à l’heure à ma servarde jusqu’à l’heure du dîner, je sais compatir aux maux que je souffre, comme vous voyez. »
4 Tous les mois, c’est la date à laquelle Juliette doit régler tous ses créanciers.
5 Depuis 1834, Hugo et Juliette ont pris l’habitude d’effectuer un voyage de quelques semaines ou mois pendant l’été et le printemps. Elle attend toute l’année ce moment qui est le seul où elle peut vivre « de la vraie vie » seule avec le poète, mais malheureusement, en 1841, Hugo est trop occupé par la rédaction monumentale du Rhin, et leur voyage annuel n’aura pas lieu, au grand désespoir de Juliette.
a « aidé ».
b « suffisant ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
